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Une célébration universelle de la musique

Par Michel Hernández
Source Granma 19.04.2016

Fabien Pisani
Fabien Pisani, directeur du Festival Musicabana.

La première édition du Festival Musicabana se déroulera du 5 au 8 mai à La Havane et comptera la présence d’artistes comme le Jamaïquain Sean Paul, le duo franco-cubain Ibeyi, le Brésilien Carlinhos Brown ou les Cubain Pablo Milanés, Los Van Van et Carlos Varela. En prélude à l'événement, le DJ et producteur étasunien Diplo a offert un concert avec son projet Major Lazer en mars dernier dans la Tribune Anti-impérialiste, où il a offert devant près de 400 000 personnes des morceaux de ses albums Guns Don’t Kill People... Lazers Do, Peace is the mission et Free the universe.

« Musicabana est l'occasion de célébrer la place de Cuba dans la région et de resserrer les liens culturels au niveau régional. Cuba a toujours été un point de rencontre, le nœud de tout ce très riche système culturel que nous appelons les Caraïbes. Il s’agit aussi que Musicabana renforce les Caraïbes comme un puissant centre de création duquel proviennent de bon nombre des tendances ayant une grande influence dans la culture populaire contemporaine », a commenté au journal Granma le producteur cubain Fabien Pisani, qui organise le Festival en collaboration avec l'Institut de la Musique et de l'institution culturelle PM Records.

Comment est venue l'idée de faire Musicabana ?

Pour ma génération, le Festival International de la Chanson de Varadero a été un exemple éloquent de ce qui peut atteindre un festival de musique dans le domaine de la culture. Par exemple, deux grandes puissances musicales comme le Brésil et Cuba avaient rarement eu l’occasion de se serrer la main au cours du XXe siècle. Nous avons pu voir, de nos propres yeux, des artistes de la nouvelle chanson brésilienne tels que Chico Buarque, Milton Nascimento, Giberto Gil, Maria Bethania, Beth Carvalho, Simone et Djavan. Ce fut une expérience véritablement transformatrice et une occasion unique de construire de nouveaux ponts entre les deux pays. La même s'est passée avec l’Argentine et beaucoup d'autres pays d’Amérique Latine et l’Espagne. C'est pourquoi l'idée de créer Musicabana a eu sa genèse dans ces expériences et une partie de la conviction qu'un festival puisse avoir un impact culturel très positif et profond. Sur un plan purement personnel, mon rêve a toujours été de voir Stevie Wonder en direct, pas n'importe où, mais ici, à La Havane. Depuis plus d’un an nous faisons tout notre possible pour le contacter pour l’avoir à Cuba, dans le Musicabana.

Comment s’est incéré Major Lazer au festival ?

En novembre 2014, nous avons rencontré l'équipe de Diplo et nous lui avons demandé qu’il nous aide pour la programmation de musique électronique de Musicabana. Ensuite Major Lazer est devenu une sensation dans le monde et, finalement, rien n'est arrivé. Enfin, en septembre 2015, nous avons de nouveau contacté l'équipe de production de Diplo et il s'avère qu'ils prévoyaient une tournée de Major Lazer dans les Caraïbes et, précisément, il évaluait la possibilité d'inclure un concert à La Havane. Nous avons proposé de nous unir pour lancer Musicabana avec un concert à La Havane et un autre à Santiago de Cuba. Il a aimé l'idée, mais malheureusement, pour l’instant, nous n’avons pu faire que le concert à La Havane en raison des coûts. La scène électronique mondiale paraît très homogène et commerciale, musicalement il se passe des choses très riches dans des endroits comme Johannesburg, Luanda, Mumbai, Barranquilla, Tijuana ou Rio de Janeiro. Notre idée était de développer quelque chose qui inclurait tous les courants de la scène électronique n’étant pas bien représentés et le faire précisément à La Havane.

Pourquoi le concert de Major Lazer a été organisé en mars si le festival se tiendra au mois de mai ?

La production d'un festival de musique est extrêmement compliquée au niveau logistique et technique. Pour Musicabana, on travaille depuis presque un an pour monter une équipe de production avec des professionnels, principalement des États-Unis et Cuba, mais aussi du Mexique et de Colombie. Nous avions besoin d’un essai général pour tester notre équipe et les recours existants à Cuba. En ce sens, le concert de Major Lazer était l'occasion rêvée de nous essayer à une échelle plus réduite.

Existe-t-il une « condition » pour insérer les groupes dans l'affiche du festival ?

Une chose importante pour nous est que nous apportons des musiciens cubains qui n'avaient jamais joué à Cuba, comme le duo franco-cubain IBEYI, composé de Lisa et Naomi Díaz, les filles du grand Angá Díaz Angá, qui maintenant sont une sensation au niveau mondial et qui jouent dans les plus grands festivals du monde. Ou Pedrito Martínez, qui défend depuis plus de 15 ans la rumba cubaine à New York, il est comme un Chano Pozo du XXIe siècle. Il était également important d'inclure la musique caribéenne et africaine, avec ce même esprit de rouvrir des ponts qui ont cessé d'être traversés durant longtemps. Un autre critère important, et j’espère que nous l’obtiendrons, est celui d’offrir des nouveaux sons au public cubain, des nouvelles tendances musicales que parfois prennent beaucoup de temps à arriver à Cuba.

Y a-t-il d’autres musiciens qui pourraient y participer, même s’ils n'ont pas confirmé leur présence ?

Nous parlons avec de nombreux musiciens désireux de venir partager leur musique avec nous. Tout le monde est d'accord que le public cubain est unique et très spécial, que ce soit pour le cinéma, la danse, les arts plastiques ou la musique. Le problème est que nos ressources sont très limitées, mais l'idée est de travailler avec une vision à long terme et de développer une relation de confiance avec les artistes, leurs représentants et leurs agents, afin de mettre Cuba dans le calendrier des tournées de tous ces artistes et de tous ces groupes, et que notre peuple puisse profiter de leur musique.

En dehors des concerts, pouvez-vous nous parler d’autres activités du programme ?

Nous travaillons sur plusieurs activités parallèles ayant un profil plus éducatif et culturel. Par exemple, nous aimerions organiser des ateliers avec des artistes invités pour qu’ils partagent leurs expériences avec les enfants et les jeunes dans les maisons de la culture et dans les conservatoires de la ville. Il y a une demi-douzaine de projets plus petits comme celui-ci, nous les annoncerons peu à peu, dans la mesure qu’ils mûrissent, et nous allons assurer les relations institutionnelles nécessaires pour les réalisés.

Musicabana aura une seule édition ou il continuera ?

L'objectif est de collaborer avec les institutions culturelles cubaines pour construire un festival de référence. La plupart des festivals de la région reposent sur le rock and roll. Nous avons donc une excellente occasion de créer un festival consistant en une véritable célébration universelle de la musique, un festival pour rétablir les ponts avec la Nouvelle-Orléans et New York, mais aussi avec Veracruz, Kingston, Port-au-Prince, Santo Domingo, Barranquilla, Fortaleza, Salvador de Bahia, Dakar et Paris. En ce sens, notre but n’est pas de faire un événement une seule fois car Cuba est, comme on dit, à la mode. Nous essayons de construire un festival qui, peu à peu, convertira Cuba en un centre de la musique durant une semaine chaque année. C'est une chimère totalement réalisable.

 

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