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Le centenaire de Fernando Alonso

Par Miguel Cabrera
Source Granma 02.01.2015

Fernando Alonso
Fernando Alonso

Le maître Fernando Alonso, une des plus illustres personnalités du ballet de notre temps, co-fondateur du Ballet National de Cuba et un des piliers dans la gestation de l'École Cubaine de Ballet, aurait fêté son centenaire le 27 décembre 2014.

Né le 27 décembre 1914 dans une ancienne demeure de la rue Calzada, à l’angle de la rue E, dans le quartier du Vedado, il a grandi dans une famille ayant une grande tradition culturelle. Sa mère, l'éminente pianiste Doña Laura Rayneri, a sans aucun doute été l'architecte dans la culture de la sensibilité artistique et culturelle de ses fils Alberto et Fernando, fruits de son mariage avec Matías Alonso, un havanais de solides principes éthiques.

L'incroyable vitalité qu’il a maintenu jusqu'au ses quatre-vingt-dix ans de vie, sa clarté mentale et cet élan inébranlable de donner chaque jour le meilleur de lui dans les salons de classes et d’essais, nous a fait penser que Fernando serait toujours parmi nous, mais ce triste dimanche du 28 juillet 2013, quand nous avons déposé ses restes dans le Cimetière de Colón, la vie nous a rappelé qu’effectivement il restera parmi nous au-delà de la corporéité physique, au titre de l'œuvre grandiose qu’il a réalisé.

En 1935, après avoir réalisé ses études supérieures dans de prestigieux centres des villes étasuniennes de Mobile, Alabama et Ashvylle, en Caroline du Nord, il débute dans la danse comme élève de l'école de Ballet de la Société Pro Arte Musical de La Havane, sous la direction du maître russe Nikolay Yavorski. Peu après, le 22 juin 1936, une décision tardive mais ferme allait le conduire à faire ses véritables débuts sur scène dans le ballet Clair de lune, avec la musique de la Sonate nº 27 de Ludwig van Beethoven, chorégraphié par son maître, où il danse pour la première fois avec la jeune Alicia Martinez del Hoyo, connue postérieurement au niveau mondial comme Alicia Alonso, avec laquelle il s’unira dans la vie et l’œuvre durant près de quatre décennies.

À partir de 1937 il poursuit sa formation technique et artistique aux États-Unis avec d'éminents professeurs, ce qui lui permet d’affronter les défis du professionnalisme dans des compagnies aussi dissemblables que le Ballet Mordkin, les comédies musicales de Broadway, le Ballet Caravan et le Ballet Theatre de New York, où il atteint le rang de soliste et où il reste jusqu'en 1948, date à laquelle, à côté d'Alicia Alonso et de son frère Alberto, il se donne la tâche historique de fonder ce qui est aujourd'hui le Ballet National de Cuba, dont il assumera la direction générale durant 27 ans.

Fernando Alonso, pédagogue, naît en 1949, à Santiago de Chile, au cours de la première grande tournée latino-américaine, en remplaçant inopinément Léon Fokine, le maître de la jeune compagnie de danse.

En 1950, après avoir limité sa carrière comme danseur pour se dédier essentiellement au travail de direction dans la Compagnie et dans l’Académie de Ballet Alicia Alonso, fondée la même année, il commence son travail le plus transcendantal. Dans l'Académie, l'institution chargée de former les premières générations de danseurs cubains professionnels, il commence, avec Alicia, un sérieux travail de recherche pour obtenir une méthode d'enseignement propre qui, au fil des années, a abouti dans l'École Cubaine de Ballet, aujourd'hui reconnue mondialement. Dans la période difficile entre 1948 et 1956, Fernando Alonso a su affronter l'apathie officielle et les incompréhensions des gouvernements à Cuba, qui refusaient les plus élémentaires appuis en faveur des efforts culturels de l'ampleur du ballet cubain.

L'avènement de la Révolution en 1959 a offert au maître Alonso de très nombreuses possibilités de réalisation professionnel comme directeur général du Ballet National de Cuba (1959-1975), de l'École Nationale de Ballet (1962-1967), du Ballet de Camagüey (1975-1992), de la Compagnie Nationale de Danse du Mexique et du Ballet de Monterrey (1992-1995). Il a également réalisé une longue période de collaboration avec le mouvement international de danse, incluant de prestigieuses institutions de France, de Belgique, de Bulgarie, du Canada, de République Dominicaine, du Mexique et de Colombie, ainsi que dans des festivals et des concours à Varna, Moscou, New York et au Pérou, parmi d’autres.

Vigilant toujours les principes techniques, éthiques et esthétiques de l'École Cubaine de Ballet, il a apporté sa riche expérience au ballet cubain comme Assesseur du Ministère de la Culture, de l'École Nationale de Ballet, de la Faculté de l'Art de la Danse de l’Institut Supérieur de l'Art, du Centre Pro-Danza et comme Président d'Honneur et membre des jurys des Concours et des Rencontres Internationales des Académies pour l'Enseignement du Ballet, effectués à La Havane.

Pour son inestimable contribution à la culture de son pays, on lui a conféré de nombreux doctorats et distinctions, aussi bien dans sa patrie qu’à l'étranger, dont l'Ordre Felix Varela, du Conseil d'Etat de la République de Cuba (1981) ; le Prix National de Danse (2000), le Prix National d’Enseignement Artistique (2001) ou le Prix Benois de la Danse, à Moscou (2008).

Bien qu’il ait cessé d’être parmi nous comme Directeur Général à partir du 27 janvier 1975, notre proximité n'a jamais été affectée grâce à un respect et une admiration partagée. Mes rencontres avec lui durant ses années à la tête du Ballet de Camagüey et les nombreuses activités dans lesquelles nous nous retrouvions, telles que les événements pédagogiques dans l’École Nationale de Ballet, dans les Cuballets, à la Faculté de l'Art de la Danse de l’Institut Supérieur de l'Art et lors des Rencontres Internationales des Académies pour l'Enseignement du Ballet, étaient des rendez-vous propices pour cette rénovation d'affection et de respect. J’ai eu l’honneur de prononcer les Paroles d’éloge, en 1984, pour le 70e anniversaire de sa naissance, au siège de l'Union des Écrivains et des Artistes de Cuba, et celles de son 90e lors d'un gala organisé par l'École Nationale de Ballet, en 2004, dans la salle Avellaneda du Théâtre National de Cuba. En 2000, j'ai eu l'honneur de présider le jury qui lui a accordé le Prix National de Danse, lors d’un émotif gala dans le théâtre Mella de La Havane. Ce furent des occasions lors desquelles j'ai compris, plus que jamais, la vérité du jugement de José Martí que Honrar, honra (Honorer, honore).

Dans chaque rencontre j’avais la coutume de la saluer avec une phrase liée à son véritable nom. Je disais : « Que dit Fernando Evangelista ? ». Alors une petite lumière apparaissait immédiatement dans ses vifs yeux bleus, en prélude à un sourire invariable, comme une acceptation de la vérité de sa vie. Aujourd'hui, dans cette journée spéciale, je comprends que, plus qu’un pédagogue, nous devons nous en souvenir comme l'un des ces biblique qui avaient pour mission ne pas laisser mourir la vérité de l'Évangile auquel ils ont dédié leurs vies.

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