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Si j’étais institutrice…

Par Graziella Pogolotti Jacobson
Source Juventud Rebelde 18.08.2016

Prado
Parcours par l’architecture du Prado à La Havane

Le moment de respirer profondément et de remplir les poumons de l’air chaud et humide de notre été tropical arrive. L’angoisse des examens est passée ainsi que l’attente de l’octroi des carrières universitaires. Les jeunes avides du plaisir des vacances ne savent pas encore qu’un certain jour ils sentiront la nostalgie de ces jours de joie et de chagrin car chaque graduation implique un adieu.

En contemplant le spectacle, je pense à ce que je ferais si, dès maintenant, on me confiait une classe. Je commencerais à demander aux élèves la description détaillée de l’environnement immédiat. Je les inciterais ensuite au récit détaillé du parcours matinal pour qu’ils observent les maisons, les balcons, les vêtements sur les fils et les traits caractéristiques des passants habituels. Je leur demanderai le portrait en paroles d’un proche parent, de ses vêtements, de sa façon de se coiffer, du style de ses mouvements, ainsi que l’expression du visage et du regard. Nous pourrions tous nous arrêter sur la contemplation d’un mur, de ses fissures, de ses taches et nous profiterions, en le touchant, des qualités de la matière rugueuse.

Plongés de plus en plus dans un univers virtuel, absorbés devant les écrans, nous devons renouer le contact avec la réalité concrète. C’est une façon de provoquer la curiosité et de faire que chaque matin, en ouvrant les yeux, résulte une heureuse redécouverte de la vie. Une simple expérience révèle que la routine annule le regard.

L’aiguiser enseigne à connaître l’architecture, les nuances chromatiques de l’ambiance changeante. Elle enseigne également, par voie empirique, à nous approcher à l’analyse de la société et de nous convertir en psychologues amateurs. Avec la même procédure approfondie, nous entrerions tous dans le déchiffrement des textes écrits. L’un et l’autre sont des entraînements complémentaires. Ils aident à aller dans le monde et orientent l’apprentissage réel.

L’accès aux fenêtres ouvertes par l’informatique est un gain net. Il étend l’horizon informatif, favorise l’échange et l’actualisation des spécialistes et accélère la communication. Pour être utile, cette offre exige de savoir formuler les questions précises pour écarter le non-sens, sélectionner le nécessaire sans perdre le cap dans un océan de surabondance.

Cependant, chaque pièce de monnaie a deux faces. Les gains peuvent entraîner des pertes. Ces coûts se révéleront parfois à moyen terme. Actuellement, les parents observent avec joie l’incorporation rapide des habilités quant au maniement du matériel informatique acquises par les enfants dès le plus jeune âge. De grands chercheurs scientifiques commencent à faire des signes d’alarme au sujet des répercussions du remplacement prématuré de l’écriture traditionnelle pour le clavier dans le développement des facultés intellectuelles.

Il est bien connu que l’utilisation de la main, la capacité de saisir des objets et d’améliorer les conditions de vie au moyen du travail nous convertirons en êtres humains. Un neurologue m’a expliqué que la nature nous a doté des toutes les neurones à la naissance. La clé du développement humain se trouve dans la stimulation des interconnexions qui s’activent dans la pratique. L’activité motrice et la domination musculaire atteignent le cerveau et activent d’autres capacités. Les chercheurs pensant que la familiarisation du clavier correspond à une étape postérieure, au moyen d’un apprentissage à l’aveugle dans le but de favoriser la coordination entre les deux mains.

La révolution industrielle et la philosophie positiviste ont généré une vision optimiste et dépourvue de sens critique du progrès. Le retour à l’ère des cavernes n’est pas souhaitable. Nous ne sommes pas préparés à survivre dans ces conditions. La cuisson des aliments affaibli notre denture. Obsolètes, les dents de sagesse, quand elles poussent, se convertissent souvent en source de problèmes. Le don de soi irresponsable au progrès technique et matériel a rempli l’air avec les poudres de charbon produites pour les chemins de fer, des usines et les systèmes de chauffage. L’être humain s’est arrogé le droit d’exercer sa domination sur la nature et il l’a spolié à un rythme accéléré. Les déserts grandissent, les pôles fondent et les océans menacent d’envahir les îles. Nous sommes devant les problèmes de changement climatique. L’agriculture souffre des effets des produits chimiques.

Si j’étais institutrice, je penserai d’abord à connaître les scénarios proposés par le panorama planétaire contemporain pour la conformation du destin de l’espèce, des groupes humains et des personnes. Nous vivons dans un monde chaque fois plus perméable à l’influence des images porteuses de paradigmes et de rêves rutilants. Nous marchons dans les rues avec un casque qui nous isole ce qui nous entoure. Ce sont des facteurs qui induisent l’isolement et la perte du contact humain concret. Sans limiter l’accès, sans pour autant renoncer à l’horizon informatif, nous ne pouvons pas mutiler la possibilité de découvrir d’autres sources d’enrichissement.

Je me proposerai ensuite de doter les enfants et les jeunes des facultés nécessaires pour lire la réalité dans son mystère et dans sa beauté afin d’y trouver les signes de changement et de l’obsolescence, pour nous faire, petit à petit, bâtisseurs de notre propre existence. J’enseignerai à fouiller dans les recoins des textes, dans ce qu’ils disent et suggèrent. J’insisterai sur la communication en groupe et sur l’apprentissage d’une éthique du respect mutuel.

La quantité de données est un premier tremplin pour l’acquisition de connaissances. Un processus de métabolisation s’impose pour la cristallisation de ce monde, basé sur un œil critique aiguisé, sur le lien des questions, sur l’entraînement pour interconnecter les différents facteurs, sur la méditation et sur l’analyse. Car, au temps de l’augmentation de la vitesse, l’enfant d’aujourd'hui entrera dans un monde loin de l’atteinte de nos longues-vues.

Graziella Pogolotti

Par Graziella Pogolotti Jacobson

Nació en París, el 24 de enero de 1931. Hija de Marcelo Pogolotti. Crítica de arte, prestigiosa ensayista y destacada intelectual cubana, promotora de las Artes Plásticas Cubanas. Profesora universitaria y vicepresidenta de la Unión Nacional de Escritores y Artistas de Cuba. Ha colaborado con las principales publicaciones cubanas y con importantes extranjeras. Ha dirigido trabajos de investigación social de la Universidad en la Sierra del Escambray, en la provincia de Las Villas. Como asesora de la Biblioteca Nacional propició un serio trabajo a favor de la promoción de la lectura en todo el país.

Ha estado presente en importantes eventos, reuniones, foros, donde se han debatido problemas trascendentales de la cultura nacional. Su posición orientadora ha permitido la configuración de proyectos y programas de trabajo cuyos objetivos han contribuido al mejor desempeño en el programa de directores de cultura a todos los niveles así como promotores, instructores de arte, artistas.

Héroe del Trabajo de la República de Cuba.

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